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lundi 9 novembre 2020

Postulats foireux sur l'économie et la monnaie

La monnaie dans tous ses états

Bien le bonjour!

Moi qui déteste le pognon, je me souviens avoir imaginé qu'on pourrait s'en débarrasser. Depuis, j'y ai un peu réfléchi et lu quelques bouquins sur le sujet.
"Il était une fois", un monde où la monnaie n'existait pas et les banques non plus. Alors pourquoi ne pas y revenir?
Tut tut tut, pas si simple. Je ne ferai pas un cours d'histoire de la monnaie. Je ne m'y connais pas assez. Et même on peut dire que je n'y connais rien. MAIS, comme il faut pas non plus me prendre pour une bille, enfin pas tout le temps, je vois bien qu'il y a pas mal de trucs qui clochent avec l'économie actuelle. Est-ce qu'on a vraiment besoin de monnaie? Si oui, comment l'utiliser pour ne pas accroitre les inégalités? Si non, comment faire autrement?
Ce que je vais donc faire, c'est émettre des postulats et vérifier, par des expériences de pensée, si c'est réalisable ou pas. Vos commentaires pourraient éventuellement faire évoluer tout ça. Bah oui, comme j'y connais rien, je me tromperai souvent.

Premier postulat: Pas de monnaie

Bon alors, comment on pourrait faire? Le troc, bon, allons-y. Mettons que je cultive des pommes de terre et mon voisin cultive des carottes. Je me mets d'accord avec ce voisin pour échanger des patates contre des carotte. Normal. On va s'accorder sur la valeur de tout ça et on va convenir que deux patates valent une carotte. Jusque là, tout va bien et d'après ce que j'ai vu sur internet, ces deux là peuvent être récoltés à peu près toute l'année.
J'ai un autre voisin qui s'occupe de courgettes. On s'est mis à trois pour décider qu'une courgette valait bien 3 carottes. Déjà parce qu'apparemment, les courgettes se récoltent seulement au printemps et en été. Le temps que ça pousse, il faut bien qu'il mange et qu'il gère les dépenses liées à son activité. Bref! On est d'accord tous les trois: une courgette vaut trois carottes donc six patates, c'est à dire l'équivalent de trois carottes comme convenu plus haut. Jusque là tout va bien, on en mange tous les trois sans rechigner. Mais pour avoir mes courgettes, il va falloir que j'attende le printemps. Mais c'est pas grave, je lui fais crédit de mes patates et il me donnera mes courgettes quand il en aura. Moi, je note ça sur mon p'tit calepin... Et mon voisin aux carottes aussi. Mes voisins sont de braves types et je sais qu'ils ne manqueront pas à leur parole.
À l'autre bout du trou pommé ou j'habite, y a un gars qui fait pousser des betteraves. Mais moi, j'aime pô les betteraves. Par contre, lui, il adore les patates à s'en faire péter le bide. Vous me direz qu'il n'a qu'à faire pousser des patates aussi mais vous foutez le raisonnement en l'air. Soyez sages, ok? Bon. Alors donc, il réussit à s'arranger avec les deux autres pour établir que deux betteraves vaudront bien une courgette. Du coup, on en est à deux betteraves pour trois carottes, ça nous donne trois patates pour une betterave. Ça commence à devenir un tantinet compliqué. Surtout si le betteraveux veut de mes patates quand moi je ne veux pas de son immondice.
Ça pourrait encore être pire! Dans le bled, y a un charpentier et justement, la baraque du monsieur aux courgettes commence un peu à se casser la gueule et lui ne sait que faire pousser des courgettes. Du coup, il va voir le charpentier et lui propose de le payer en courgettes. Déjà, pour estimer combien de ces légumes il faut pour un travail de charpentier, ça va durer des heures et quelques engueulades. Et pour couronner le tout, le charpentier ne sera payé qu'au printemps! Aïe, ça pique! Le charpentier peut lui dire d'aller se faire voir et qu'il reviendra au printemps quand il pourra être payé. Anticiper et commencer en hiver? Et si la récolte est mauvaise? Non non non, il ne s'en occupera qu'en voyant des courgettes sonnantes et trébuchantes (je vous ai dit: c'est une expérience de pensée. Un peu de fantaisie tout de même!). Du coup,le gars avec ses courgettes va devoir passer l'hiver avec une maison pourrie qui laisse passer le froid et le vent. Pas cool...
On peut encore trouver une solution entre nous, les autres voisins, en proposant au charpentier des patates, des carottes et ce qu'il reste de betteraves. Pour ce faire, on va s'échanger nos récoltes pour que le courgetteux puisse faire faire ses travaux, nos petits calepins faisant foi. Alors on va tenir notre comptabilité en ajoutant ce que nous doit ce monsieur très aimable aux courgettes ponctuelles. Vous imaginez un peu la tronche de la compta? Alors on va imaginer un autre système plus simple à gérer. On va dire que, si untel refile de sa récolte à un autre, l'autre lui donnera une reconnaissance de dette. Cette reconnaissance de dette, il la donnera, toute ou partie à un autre qui a aussi une dette ailleurs et qui pourra la payer, toute ou partie elle aussi. C'est alors un bout de papier qui va circuler de main en main.
Mais...Dites donc... Ces bouts de papier, ça ne ressemblerait pas à de la monnaie? On s'échange ces reconnaissances de dette qui ont la valeur de nos accords. Hein? Ça pourrait être du sel ou des coquillages à la place des bouts de papier? Quelle différence? Et en plus il faut aussi estimer la valeur du kilogramme de sel ou de coquillages par rapport aux légumes disponibles ou aux travaux demandés aux différents artisans comme notre charpentier. Ça ne va pas nous simplifier la vie non plus! Et là, on n'a parlé que de produits qui pourraient générer une valeur économique. Alors les établissements d'enseignement ou de santé vont avoir du mal à fonctionner. Est-ce qu'on peut estimer l'instruction et la santé en patates et en carottes tout en satisfaisant ces producteurs? J'ai quelques doutes...
J'ai peut-être oublié des trucs. N'hésitez pas à me le préciser en commentaire.

Second postulat: avarice et masse monétaire

Dans ce monde là, le pognon existe bel et bien.
Imaginons un micro-pays avec 10 milles habitants dedans et qu'il soit décider qu'il y ait assez de monnaie pour 500 unités chacun et un cycle pensé pour rétablir à peu près les 500 unités chacun pour rééquilibrer un peu et garantir une relative équité. Ça fait 5 millions d'unités monétaires créées,ni plus ni moins. Le temps passe. Certains de ces habitants se trouvent être des radins invétérés et gardent de la thune.
Quand le cycle se finit, ah? il manque de la tune...Bah oui, certains en ont gardé. Si la redistribution cyclique ne prend pas ça en compte, il n'y aura plus 500 unités monétaires pour chacun. Si on réédite de la nouvelle monnaie pour rétablir l'équilibre, on ne se débarrassera pas pour autant de l'avarice et de plus en plus de gens vont en garder de plus en plus. À chaque cycle on va créer de la monnaie. De fil en aiguille, la masse monétaire sera tellement énorme que la monnaie ne vaudra plus rien. Il sera trop facile d'en avoir et rien n'empêchera de la conserver. Et à quoi bon la conserver si elle ne vaut plus tripette? Et qu'est ce qu'on ferait alors? On éditerait une nouvelle monnaie pour refaire la même connerie? C'est ridicule!

Troisième postulat: l'épargne

Avec l'épargne c'est un peu différent. Avec une promesse que cette épargne rapportera des bénéfices financiers comme c'est le cas maintenant, même les moins avares voudront en profiter, ne serait-ce que pour prévoir les coups durs. Avec une masse monétaire fixe, on va vite se retrouver avec des problèmes. Eh oui! La monnaie qui rapporte de la monnaie va vite trouver ses limites quand la somme de toute la monnaie en circulant additionnée à celle de l'épargne sera égale à la masse monétaire. Du coup, ceux qui ont pu épargner le plus vont mettre les autres dans une merde pas croyable puisque la monnaie vient à manquer!

Bon alors imaginons que la masse monétaire s'adapte. On redistribue cette monnaie flambant neuve aux gens qui n'ont pas eu cette "bonne idée" d'épargner (ou pas eu l'occasion), en espérant qu'ils aient compris la leçon et qu'ils se mettront aussi à épargner (s'ils le peuvent). Mais alors, si tout le monde se met à épargner, ces épargnes rapporteront de moins en moins. À moins de multiplier les produits financiers qui permettent à ces épargnes de rapporter plus de fric. Une escalade effrénée qui ne donnera rien de bon si ce n'est encore des bulles qui vont nous péter à la gueule. Et c'est Bibi qui paie! Je le sais parce qu'on connaît ce schéma dans le monde actuel. Pas étonnant que les intérêts des CODEVI et SICAV se cassent la gueule. Sans parler de l'inflation causée par l'émission excessive de monnaie. Pour lutter contre cette inflation, on évite cette création supplémentaire. Mais ça veut dire qu'encore une fois, il va y avoir des gros épargnants et des petits crèves-la-dalle. Équité, peau d'balle, égalité itou.

Quatrième postulat: Une économie sociale

Cette fois, on s'attaque à quelque chose qu'on ne connait pas. Ce que j'appelle "économie sociale", c'est la création monétaire et la circulation de cette monnaie au service du peuple. On crée autant de monnaie qu'il le faut pour les besoins de tous et on s'arrange pour que personne ne manque de rien. La production se ferait localement, à l'échelle départementale voire régionale, communale dans certains cas et nationale dans d'autres cas. On espère bien sûr que cette situation nous évite la course au pognon et donne du travail à tout le monde, valeur économique ou pas.
Pour arriver à ça, il y a plusieurs idées qui nous arrivent ici et là. Personnellement, je penche pour un système de caisses pour payer les salaires et l'investissement, remplies par une partie des bénéfices des entreprises, comme l'explique Bernard Friot. L'étiquette "communiste", je m'en tamponne.

Toujours est-il que cette idée d'économie sociale est impossible à mettre en place dans un monde où c'est le fric qui compte avant tout (sans jeu de mot), pour les riches comme pour les pauvres. Les bénéfices sont transformés en dividendes à distribuer à des actionnaires qui n'en branlent pas une et osent parler de "prise de risques" liés à leurs investissements. Déjà qu'ils rechignent à remplir la caisse de la sécurité sociale, on peut imaginer ce que ça peut donner avec des caisses plus grosses. Ils ne voudront certainement pas réduire leurs dividendes puisqu'ils vont même jusqu'à virer des tas de gens pour garantir un revenu toujours plus gros. Se passer d'eux pour investir, c'est leur dire qu'on n'a plus besoin d'eux et des banques et qu'ils peuvent se gratter pour qu'on leur emprunte du pognon. Plus d'emprunt auprès d'eux, plus d'intérêts à verser non plus.

Dans un système d'économie sociale, la masse monétaire doit correspondre à des besoins de production. Et si la monnaie créée est utile, l'inflation est nulle. Si les caisses de répartition s'élèvent à X milliards d'unités monétaires et qu'on a besoin de X+Y milliards, la banque centrale émettrait Y milliards qui seraient utilisés correctement.
Le système de création monétaire mis en place en Union Européenne n'est pas compatible avec un tel système. La Banque Centrale Européenne vise à minimiser le taux d'inflation et ne battra monnaie que sous cette condition, ou bien comme elle l'a fait pendant la pseudo-crise du COVID, pour combler le manque à gagner des entreprises qui elles vont privilégier les actionnaires plutôt que les salariés. Autant dire que l'économie sociale dans un régime capitaliste mondialisé est une immense blague. Tout ça, c'est beau sur le papier mais en réalité c'est pas demain la veille.

Mes conclusions

Vivre sans monnaie, ça parait plutôt compliqué, sans aller jusqu'à dire impossible. On a besoin de monnaie pour faciliter les échanges et s'entendre sur le prix des produits courants. Ce qu'il faut éviter, c'est d'en faire un instrument de domination permettant à ceux qui en possèdent beaucoup d'asservir ceux qui en ont peu. L'objectif de cette monnaie devrait être le maintien d'une équité relative permettant à chacun de subvenir à ses besoins. Et quand les besoins sont satisfaits, on n'a pas besoin de plus.

Nous aussi, nous avons une responsabilité, un engagement à tenir, qui est de se contenter de nos besoins et de ne pas céder à des envies grotesques comme de posséder une grosse bagnole ou une télé géante. Notre façon d'appréhender la monnaie doit changer sans quoi aucune expérience d'économie sociale ne sera viable.

Vala vala
@Ciao

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