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mardi 28 avril 2020

La notion de "travail"

Comment revoir notre conception du travail dans l'absolu.

J'entends ici par travail l'effort consistant modifier les conditions de vie en société. Beaucoup de gens associent le travail uniquement à l'emploi; l'activité professionnelle exercée moyennant salaire. C'est en effet un de ses aspects, quoique parfois discutable quant à l'utilité de certains emplois par rapport à nos conditions de vie.

Quelques exemples

Je ne vais pas refaire le speech sur l'exemple du gars avec sa tondeuse. Usul le fait très bien dans cette vidéo. Il dit en gros que tondre une pelouse reste le même travail que l'on soit salarié d'une entreprise privée, fonctionnaire ou à titre personnel.
On peut encore comparer la situation d'un parent qui éduque lui-même son enfant ou qu'il fasse appel à une nounou pour ce faire. Le boulot est le même qu'on soit payé ou non.

Il parait donc évident que les concepts d'emploi et de travail ne sont pas les mêmes. Je connais des gens qui participent avec plaisir aux activités du secours populaire. On peut trouver ça sympa de leur part, certes, mais on ne peut pas affirmer que ce soit un loisir comme faire du poney ou de jouer aux échecs. Le secours pop', c'est du boulot! Et pas qu'un peu. Pour autant, ces bons samaritains ne touchent pas de salaire pour ça. Enfin pas dans le sens où on l'entends. Mais on y reviendra...
Par opposition, on pourrait aussi parler de certains qui ont un emploi qui justifie salaire tout en n'ayant, dans le meilleur des cas, aucun impact sur la vie en société, ou dans le pire des cas un impact négatif, comme la production de médicaments dangereux (Mediator pour le plus cité) ou la production de cigarettes. Ces produits, comme tant d'autres, ont une valeur d'usage dite négative - Et on comprend bien pourquoi! - même si elles ont une valeur marchande.

Le travail et le plaisir

Certains ont tendance à croire que le mot "travail" trouve ses racines étymologiques dans le mot latin tripalium qui était un instrument de torture. Il serait donc associé à une corvée, une espèce de torture qu'on serait obligé de subir pour obtenir un salaire.
J'ai des doutes...

Le Contexte de l'emploi

Personnellement, j'aime mon métier d'électricien. L'exercer n'est pour moi pas du tout une torture mais un vrai plaisir.
Je fais partie, c'est vrai, des gens qui ont la chance d'exercer le métier qui leur plaît. C'est même un privilège, d'après moi. Mais je sais très bien que ça n'est pas le cas de tout le monde. Mais pourrait-on dire que cette origine du mot soit tantôt la bonne, tantôt la mauvaise?

Je veux bien admettre que par exemple le métier d'éboueur, ô combien utile, ne soit pas une vocation. Ceux qui l'exercent n'ont pas toujours le choix et l'idée du plaisir de travailler est difficile à imaginer. On vit à une époque où l'emploi s'impose pour pouvoir vivre et un grand nombre de salariés, diplômés ou non, prennent un boulot alimentaire parce qu'il faut bien se loger et se nourrir. Là, on s'approche de l'idée de torture. Ce qui n'en fait pas un trait particuliers absolu.
Par contre, un éboueur, pour reprendre le même exemple, peut tout à fait trouver satisfaction d'un travail bien fait et dans la reconnaissance générale de l'utilité de son métier.

Les activités extra-professionnelles

Je parlais plus haut du secours pop'. On peut étendre cet exemple à un domaine plus vaste encore. Si faire du poney est un loisir, s'occuper des poneys en tant qu'amateur de la chose est aussi un travail qui demande des efforts.
Quand on parle d'effort, on doit entendre par là l'effort physique ou intellectuel. Par exemple, un de mes grands dadas c'est le développement web. Je fais ça parce que j'aime bien. Si les efforts physiques se résument à taper sur un clavier, le reste se passe dans la tête. Plus ou moins bien, là n'est pas la question. La question, c'est la dépense d'énergie corporelle pour obtenir un résultat final. En l'occurrence, un site internet.

La vie de tous les jours

Élever des gosses, ça représente aussi pas mal d'efforts; être patient, se forcer à être autoritaire parfois, être à l'écoute, savoir expliquer simplement... Un sacré boulot, tous les parents vous le diront, même les parents démissionnaires.

D'accord, d'accord, tout le monde n'a pas d'enfant. Alors voyons plus largement. À priori, la plupart des gens entretiennent leur domicile par des taches ménagères diverses comme la lessive, la vaisselle, le rangement... Et si tout le monde n'est pas forcément porté sur la propreté, tout le monde fait ses courses, que ce soit au supermarché ou chez son détaillant favori. Ah la corvée!! Enfin pour moi qui déteste consommer pour consommer, les courses c'est chiant. D'autres aiment ça. Faire les courses, les boutiques, ils savent joindre l'utile à l'agréable.
Que ce soit un plaisir ou pas, c'est encore une fois autre chose que de faire du poney. On ne touche pas de salaire en monnaie mais on a une baraque propre et on peut manger ou s'habiller correctement. Si on a mal fait le travail, la baraque pue, on se nourrit mal et on est sapé comme un clown.

Emploi et aliénation

Sigourney Weaver n'a rien à voir là-dedans...
Voilà la définition dans le contexte de ce billet:

Fait de devenir étranger à soi-même, de perdre l'esprit.

Et je m'explique: Dans le cadre de l'emploi, l'aliénation peut être, par exemple, de bosser pour les usines Dassault quand on est pacifiste. Je parlais du Mediator plus haut et j'imagine facilement que certains salariés qui fabriquent ce produit ont quelqu'un dans leur entourage qui en est mort.
J'ai pris des cas évidents mais on peut se poser la question de l'utilité de certains jobs comme "fermeur de porte de R.E.R.", distributeur de journaux à la sortie du métro (CNEWS, 20 minutes...) quand on sait leur influence néfaste sur l'opinion publique. Il y a plein d'autres exemples comparables. Trop. Pas forcément dangereux mais d'utilité contestable. Je ne juge pas ceux qui font le boulot mais ceux qui les y obligent par la force des choses.

Certains de ces jobs ne sont là que nous infantiliser. Pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué, la classe politique et les médias, pour ne citer qu'eux, nous parlent comme à des enfants, des incapables politiques qui ne sauraient pas où sont les vrais enjeux, tout ignares qu'ils sont. Si on les entends parler de pédagogie, ce n'est pas pour rien.
On est tous plus ou moins soumis à cette infantilisation qui nous interdit l'initiative. Comme je l'ai dit, j'aime mon métier. Pourtant, là où je bosse, on me donne parfois des taches à accomplir qui vont à l'inverse de mes valeurs, ou qu'on m'en interdise d'autres qui pourtant pourraient être salutaires, simplement parce que c'est comme ça et pas autrement.

C'est dans cette perspective que l'on s'aperçoit de la prise d'otage des salariés par leur employeur par le discours trop récurent: Si t'es pas content, tu dégages. Y a d'autres gens au chômage qui seraient ravis de prendre ta place. Dès lors, on peut être mal à l'aise dans l'exercice d'un métier qu'on aime par les nombreuses contraintes imposées par un employeur aux intérêts contraires.

Utilité pour la société

Alors comme je l'ai dit, il y a des emplois utiles à la société et d'autres pas. Il y a des activités hors emploi qui servent aussi à la société et à l'intérêt général.
Produire des biens de première nécessité, c'est utile. Produire des bidules comme des baskets qui clignotent, ça ne sert à rien. Est-ce que s'occuper de son petit potager c'est du travail? Oui! Utiliser la chimie industrielle pour se faciliter la tache? Certainement pas!

On pense souvent que l'éducation parentale n'est pas du travail. Pourtant elle "produit" des enfants bien élevés (dans l'idéal) qui sauront plus tard faire la différence entre ce qui est bien ou mal, utile ou inutile. Je ne parle pas là d'endoctrinement mais de développement du bon sens et de l'esprit critique, en tout cas quand le boulot est bien fait.

La participation aux institutions telles que le secours populaire est aussi d'intérêt public. On peut dire la même chose pour les volontaires des resto du cœur qui sont bel et bien actifs pour l'intérêt général en distribuant des repas à qui en a besoin, au contraire des enfoirés qui ne font qu'amasser du pognon et rien de plus. Les enfoirés ne servent à rien.

Nous aurons, j'espère bientôt, le devoir de décider de ce qui est vraiment utile.

Rhétorique sur le salaire

On connaît bien l'expression toute peine mérite salaire. Oui, ok, admettons. Mais alors, dans cette logique, les travaux faciles et pourtant utiles ne mériteraient rien. La belle affaire!! Question altruisme, on repassera! Sophisme et syllogisme? Chacun son tour!

Puisqu'on parle d'altruisme, et pour revenir aux coups de main pour le secours populaire et consorts (oui je sais, je suis chiant), on a tendance à appeler "bénévolat" le travail désintéressé qui ne donne pas de salaire au sens courant. Mais que fait-on de la satisfaction pour soi comme pour ceux qui en ont besoin? Sans ça, les salariés volontaires pour aider en dehors de leur emploi sont bien des bénévoles par l'absence de rétribution monétaire, pas par la satisfaction qu'ils en tirent.
Je connais aussi des retraités qui participent. Mais ça n'est pas du bénévolat. Pour rappel, l'institution de la sécurité sociale en 1946, et notamment son volet retraite, ne visait pas à dépanner les retraités pour leurs besoins de consommation mais représentait plutôt un salaire continué, à raison de 70 à 75% de son meilleur salaire brut. Ce sont les pouvoirs publics, à la demande des gros bonnets du capital, qui ont peu à peu détruit la notion de continuité de salaire, la transformant en un genre revenu de solidarité pour des soi-disant impotents. Comme si les retraités étaient devenus inutiles et improductifs.
En vérité, les retraités ont enfin la possibilité d'exercer une activité libérée de la maîtrise capitaliste de la production et reçoivent la "continuité" de leur salaire. Ils peuvent enfin faire ce qui leur plaît et choisissent très rarement l'oisiveté, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire. Les oisifs, sans distinction de l'âge, dépérissent et vieillissent plus rapidement que les retraités actifs.

Le remerciement peut aussi être considéré comme salaire si la volonté de rendre service est satisfaite, ou du moins la tentative plaisante. Personnellement, je déteste qu'on me réponde de rien quand je remercie quelqu'un. Bien sûr, on aurait du mal à se contenter d'un merci par son employeur. Dans le contexte du coronavirus actuel, le personnel hospitalier, sans oublier les hôtes et hôtesses de caisse et autres professions d'utilité publique, a droit à des applaudissements tous les soirs sur les balcons au moment où les grosses entreprises du CAC40 se voient attribuer des milliards d'Euros. Ce personnel va t'il pouvoir payer son loyer et sa bouffe avec des applaudissement? J'en doute...

Maîtrise de la production

Et là c'est décisif!
Dans le régime actuel, c'est l'actionnaire, le capitaliste, qui décide de ce qui a valeur d'usage. C'est lui aussi, par sa communication incessante, qui a décrété que l'éducation des gosses n'a valeur d'usage que par son endoctrinement au sein de la mal nommée éducation nationale pour en faire les futurs soldats de la production capitaliste. Les retraités, quand à eux, sont trop souvent obligés de trouver un emploi complémentaire à cause du saccage des retraites par les politicards et leurs vrais patrons.

Il serait grand temps de réorienter la production pour des biens et services utiles, l'éducation et l'enseignement.
Abandonnons les concepts de mode et d'esthétique, de confort inutile. Finissons-en avec l'obsolescence programmée qui dessèche les ressources limitées de la planète. On pourrait imaginer des modules de remplacement partiel qui permettraient de remettre en état des appareils mis aux rebus pour une pièce défectueuse, faisant réapparaître beaucoup de métiers disparus au nom du sacro-saint profit.

Revenons à une production locale, autant que faire se peut. L'économie de la connaissance peut aussi être un atout pour enseigner à d'autres le savoir-faire qui a fait et fera de nouveau la fierté de ce pays.
Éduquons et instruisons, nos gosses, nous-mêmes et tous les autres.

Du travail, il peut y en avoir pour tout le monde à condition de planifier les besoins pour l'intérêt général et non pour satisfaire la folie des grandeurs d'une minorité de milliardaires. La mécanisation et robotisation peut nous libérer de certaines taches pour se concentrer sur d'autres activités sans la menace du chômage. L'offre doit correspondre à la demande et non l'inverse.

Je vous invite à prendre connaissance du travail du réseau-salariat par cette petite vidéo d'une dizaine de minutes, en espérant qu'elle saura vous convaincre de la faisabilité d'un tel projet.

Vala vala @ Ciao

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