To sidebar

mardi 21 avril 2020

La cause des causes des causes

Mais d'où vient vraiment notre impuissance?

Depuis longtemps maintenant, les décisions politiques se font sans nous, le peuple. Les manifestations organisées pour protester contre les abus de pouvoir sont presque inutiles. On n'est pas entendu, pas respecté et tout va de mal en pis.
La raison est simple: les manifestants ont des revendications, pas des exigences. Qu'est qu'une revendication si ce n'est une doléance auprès des maîtres? Et ces revendications ont jusque là toujours visé à atténuer les conséquences de politiques abusives, favorables aux plus fortunés et au détriment des autres. Salaires, retraite, services de santé, éducation... C'est comme si on voulait éteindre un incendie sans s'attaquer à sa base.

La cause

Je suis de l'avis d'Étienne Chouard.

Il dit que la cause de notre impuissance politique vient de la constitution de la V° République de 1958. Ah je ne savais pas. Je ne m'en étais pas rendu compte.
La constitution est un "contrat social" passé entre le peuple et la classe dirigeante. Les règles de représentation, les principes de base de la république, des dispositions pour les territoires d'outre-mer. Bref! C'est le texte suprême.

J'ai donc lu ce texte. J'étais scié! Au début, ça a l'air chouette. Il y a plein de jolis mots et tout, on parle de gouvernement par le peuple pour le peuple, de démocratie, d'environnement, de droits de l'Homme... Même l'article 3 passe presque tout seul.
Arrivé au Titre II - La président de la République - j'ai tressailli! Ce bonhomme se voit attribuer des pouvoirs énormes et sans contrepartie. Une toute puissance flippante! Le reste de la lecture contient encore quelques scandaleux alinéas. Un des meilleurs exemples est l'article 49 alinéa 3 (49-3 ça vous dit quelque chose, sûrement). Je ne vais pas tout passer en revue. Le texte est consultable ici.

Ce qui explique tout ça est simple. Les rédacteurs de la constitution étaient déjà à l'époque des gens proches du pouvoir. On a laissé ces gens écrire les règles du pouvoir. Pas très malin!

Ce n'est pas aux gens de pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

La cause de la cause

Voilà, on les a laissé faire. Je dis "on" parce qu'on ne peut pas faire porter cette responsabilité seulement au peuple de cette époque. On n'a rien fait non plus contre ça. On a donc une part de responsabilité qu'il faut considérer. La cause de notre impuissance, c'est justement notre inaction, notre désintérêt pour la politique.

Ça aussi, ça s'explique à son tour. D'où vient notre désintérêt si ce n'est le fait qu'on nous a fait croire que ces choses là sont trop compliquées pour nous?

La cause de la cause de la cause

Alors voilà. On ne s'en est pas mêlé croyant qu'on n'en était pas capables. Mais cette idée n'est pas venue toute seule. Les discours politiques et la presse écrite, vite aidée par les médias mainstream, nous ont fait croire que tout ça n'était pas à notre portée. Que seuls les initiés, les lauréats des grandes écoles, étaient capables de gérer un État.
Ça n'est pas tout. Dès l'école primaire, on nous apprend que la démocratie passe par l'élection et, inversement, que l'élection garantissait la démocratie. Plus tard au collège (4 ans minimum), un livre d'instruction civique nous est livré tous les ans. Ce bouquin, on a pu l'ouvrir en cours une fois ou deux, pas plus.

On n'est jamais instruits correctement. On nous embrouille avec des fausses déclarations, de faux enjeux. On nous construit des ennemis fictifs (chômeurs, immigrés, abstentionnistes...) pour détourner l'attention et masquer le véritable ennemi du peuple, tranquillement installé aux manettes.
Tout y est: politicards, journalistes, programmes scolaires... Et les gens, pour une grande part hypnotisés par des émissions TV toujours plus stupides les unes que les autres, croient ce qu'on leur dit. Il croient même encore à la légendaire neutralité du journaliste sans faire aucune distinction.

Ça ne va pas en s'arrangeant! Aujourd'hui, 90% de la presse écrite appartiennent à 9 milliardaires. Pas du tout pour faire du fric, ils perdent de l'argent. Là où ils y gagnent, c'est sur le bourrage de crâne pendant les campagnes électorales. La presse et les médias mettent en avant le favori de leur patron, feignant de donner la parole à l'opposition tout en la tournant en ridicule. D'autres candidats n'apparaissent même pas. Pour l'égalité de parole, on repassera!
Le Front National, opposition fictive qui n'a jamais rassemblé personne, est agité devant l'électeur comme un épouvantail, restreignant encore le choix entre des candidats qu'on ne connaît pas et ceux qu'on ne veut pas voir prendre le pouvoir. Les électeurs n'élisent plus pour mais contre un candidat. C'est ballot! Et c'est surtout la grande confusion. Voilà comment on se retrouve avec un fasciste aux commandes.

Résumons

Primo, avec des gens de pouvoir qui organisent eux-même le pouvoir, le conflit d'intérêt est évident. Ils se sont donné toujours plus de privilèges tout en écartant le peuple du pouvoir. À la lecture de la constitution, une distinction nette est à faire entre "citoyens" (ceux qui écrivent et votent les lois) et "électeurs" qui ne décident que d'élire des "maîtres" qui décideront tout à leur place.
Deuzio, le peuple les a laissé faire. Peut-on leur reprocher quand on se rend compte qu'ils ont été dupés par la classe politique et par la presse.
Tertio, la presse et les médias, dépendants de leurs patrons, manipulent l'opinion, permettant aux électeurs d'élire contre leurs propres intérêts. L'éducation nationale nous y prépare dès le début de la scolarité. On se retrouve à croire à des mensonges dès le plus jeune âge. Rien de plus difficile de convaincre une personne que tout ce qu'il a toujours cru sont des foutaises.

J'insiste sur l'intérêt d'un processus constituant populaire. C'est aux représentés (le peuple) d'écrire les règles de la représentation et du pouvoir. Ce processus constituant comme le Referendum d'Initiative Populaire (ou Citoyenne, c'est comme vous voulez) ne se passeront dans de bonnes conditions que si l'on institue une presse libre et indépendante de propriétaires influents. L'opinion publique doit être éclairée de façon impartiale et objective avant tout. Des débats doivent être organisés publiquement sans mise en scène au préalable.
Alors voilà dans l'ordre de priorité:

  1. Presse impartiale et pluraliste pour éclairer l'opinion.
  2. Éveil de conscience politique et de l'esprit critique de chacun par l'éducation populaire et l'instruction civique
  3. mise en place du processus constituant et du R.I.C.

Bien sûr, j'ai dû omettre bien des choses. L'important à retenir c'est l'opinion publique éclairée et apte à délibérer sans se crêper le chignon pour des conneries. Quand on aura enfin des journaux qui informent, le R.I.C. et une constitution digne de ce nom, on pourra avoir tout le reste.
Sinon, c'est de la branlette intellectuelle.

Vala vala
@ Ciao

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : https://blog.ascetik.fr/index.php?trackback/15

Fil des commentaires de ce billet

© Blog Ascetik.fr, after the WP Dusk To Dawn theme Propulsé par Dotclear